2026-01-21 22:32:00
Une vingtaine d’éleveurs Lotois, membres des Jeunes Agriculteurs (JA) et de la FDSEA, ont manifesté à Strasbourg mardi 20 janvier contre les accords de libre-échange avec le Mercosur. Une mobilisation d’ampleur nationale à laquelle les agriculteurs du Lot n’avaient plus pris part depuis près de vingt ans, et qui s’est soldée par une petite victoire. Retour sur une action qui a porté ses fruits.
Drapeaux et banderoles serrés dans les mains, la vingtaine d’agriculteurs lotois descend du bus. Il est 8 heures, mardi 20 janvier, lorsqu’ils posent les pieds place de Bordeaux, à Strasbourg. Encore engourdis par les heures de bus, les agriculteurs sont déjà portés par la tension du moment. Autour d’eux, la foule grossit rapidement : plus de 5 000 manifestants venus de toute la France, rejoints par les délégations belges, polonaises ou encore italiennes. Le cortège s’élance en direction du Parlement européen, au rythme des slogans scandés au mégaphone contre Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Les voix s’élèvent, mêlées aux accents venus d’ailleurs autour d’une même colère.
Devant le Parlement, sous l’œil vigilant des CRS protégeant les accès, quelques eurodéputés prennent la parole et affichent leur soutien. Dans la foule, les agriculteurs du Lot écoutent, convaincus d’avoir fait le déplacement pour se faire entendre, coûte que coûte, même sous les nuages de gaz lacrymogènes.
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Ce récit, c’est celui de Frédéric Deilhes, coprésident de la FDSEA du Lot, de Ludovic Lagard, président des JA du Quercy Blanc et Julien Grasset, agriculteur à Lhospitalet, rentrés aux aurores ce mercredi 21 janvier. Épuisés par des heures de bus interminables et une journée de mobilisation forte, tous s’accordent sur un point : ils n’ont aucun regret d’avoir manifesté leur colère à Strasbourg.
“Je suis fatigué de voir des jeunes fermer leurs exploitations”
Cela faisait plusieurs années que les agriculteurs lotois ne s’étaient pas mobilisés nationalement. “La dernière fois, je crois que c’était en 2001. Depuis, nous, agriculteurs lotois du syndicat on ne s’était pas mobilisés au niveau national. C’est vraiment différent des actions locales et je pense que dans dix ans, on s’en rappellera. C’était impressionnant de voir des agriculteurs de plusieurs pays”, note Frédéric Deilhes, coprésident de la FDSEA du Lot, encore sous le coup des événements.
S’ils se sont mobilisés hier, c’était toujours contre le combat qu’ils mènent depuis une dizaine d’années : les accords de libre-échange avec les pays du Mercosur. Ce texte permettrait à l’Union européenne d’exporter davantage de voitures, vins ou encore spiritueux vers l’Amérique du Sud. Dans l’autre sens, de recevoir de la viande bovine, du riz ou encore du soja sud-américains. Et c’est ici que le bât blesse. Ludovic Lagard se mobilise depuis plus de huit ans. “Brader l’agriculture française est inadmissible et incompréhensible. On continuera le combat jusqu’à la victoire finale. On s’arrêtera quand on aura un salaire digne”, s’indigne-t-il.
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La crainte de la ratification de ce traité de libre-échange demeure celle de voir leurs salaires, déjà maigres, le devenir encore plus. Las, le producteur de céréales et de semences à Montcuq-en-Quercy-Blanc vide son sac : “On a besoin de rendre notre métier attractif. Je suis fatigué de voir des jeunes fermer leurs exploitations alors qu’ils ont débuté il y a à peine trois ans. On a besoin de jeunes qui aiment le métier et pour ça, il faut qu’ils puissent s’en sortir financièrement.”

“On ne va pas lâcher maintenant qu’on a réussi à ouvrir une brèche”
Ils en sont persuadés, leur combat devait se mener là -haut. Et il semblerait que cela a, provisoirement, porté ses fruits. “C’est ce coup de pression qui a permis qu’ils refusent l’accord. On espère que l’Europe prend conscience que l’agriculture est indispensable”, lâche Julien Grasset, éleveur de chèvres à Lhospitalet. Ce mercredi midi, l’annonce a suscité de l’espoir : à dix voix près, les eurodéputés ont voté pour la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne au sujet de la validité de l’accord commercial. Concrètement : cela pourrait retarder la ratification de l’accord et donc, sa mise en Å“uvre. Pour les agriculteurs lotois, c’est un cri de joie pour une petite victoire.
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“Je ne regrette pas d’y être allé. Ça restera gravé dans nos mémoires et surtout, ça a payé. Les eurodéputés qui étaient indécis, on a fait basculer leurs décisions. On ne va pas lâcher maintenant qu’on a réussi à ouvrir une brèche”, appuie Frédéric Deilhes, producteur de bovins, de melons et de céréales. Ludovic Lagard se veut plus prudent dans ses propos. Mais lui aussi reste marqué par cette action : “C’est sûr que par rapport à Cahors, c’était surdimensionné. On n’a même pas fait le tour de tout. Le mouvement de foule était impressionnant. Et le combat continue !” Dans les prochaines semaines, rien n’exclut de nouvelles mobilisations, pour le Mercosur ou pour d’autres sujets plus locaux.







