2026-01-27 06:34:00
L’administratrice et le modérateur du groupe Facebook “Oloron-Sainte-Marie, j’y vis”, qui compte 19 000 membres, menacent de suspendre le groupe jusqu’aux municipales, lassés des commentaires trop partisans. A Tarbes, l’administrateur d’un autre groupe s’interroge.
MJ et Jérôme sont lassés. Lassés de passer de longues minutes, tous les jours, depuis le mois de décembre, à lire, valider et parfois retirer les commentaires publiés sur le groupe Facebook qu’ils administrent. “Un certain nombre d’entre eux peuvent relever de la diffamation”, prévient Jérôme.
Modérateur du groupe “Oloron-Sainte-Marie… j’y vis !”, qui compte près de 20 000 membres, cet habitant de la sous-préfecture des Pyrénées-Atlantiques veut préserver ce groupe de toute récupération politique, alors que le nombre de posts et de commentaires liés aux municipales, critiquant la mairie ou tel ou tel candidat, se multiplient. Avec MJ, l’administratrice du groupe, habitante d’Oloron depuis quarante ans, ils ont publié dimanche 25 janvier un avertissement aux membres du groupe : “Si les dérives continuent, nous suspendrons le groupe jusqu’à la fin des élections !”
ICI Béarn Bigorre : Qu’est-ce qui vous a poussé à publier cet avertissement ?
MJ : Ce ne sont pas mes premières municipales depuis que j’administre ce groupe. Mais c’est la première fois qu’il y a autant de bruit. Par exemple, dernièrement, il y a eu une série de cambriolages à Oloron-Sainte-Marie. Des commentaires ont accusé la mairie d’en être responsable. Depuis toujours, quand il y a un souci dans une commune, on aime bien taper sur la municipalité. Mais cela restait assez rare sur le groupe. Là, depuis quelques semaines, on le voit de plus en plus. Ca me dérange fortement. Je ne veux pas que l’on fasse de politique dans ce groupe.
Jérôme : Récemment, un post a été publié évoquant des dégradations au vestiaire du FC Oloron. La lunette des toilettes a été cassée. Des commentaires indiquaient que le maire devrait surveiller lui-même la lunette des toilettes du FCO, ou bien la police municipale.
Ces posts-là sont l’oeuvre d’opposants, candidats aux municipales, de membres de leurs listes ?
MJ : Pas forcément. Cela peut être des personnes votant pour une liste opposée. Pas forcément les candidats eux-mêmes.
Jérôme : Certains postent avec leur vrai nom. On leur rappelle qu’ils ne respectent pas les règles du groupe, pas de politisation. Et d’autres profils ont des accointances avec certaines listes.
En quoi ces publications vous posent problème ?
MJ : En période d’élection, cela influence forcément. On est un groupe qui compte près de 20 000 membres. Le but n’est pas de se servir du groupe pour faire passer des messages ou orienter ses membres. Quand des commentaires sont diffamatoires, je peux être tenue responsable, en tant qu’administratrice du groupe Facebook.
Jérôme : Des personnes que nous connaissons, militants pour une liste en particulier, ou des gens que l’on suspecte de militer s’attaquent aux listes adverses. Certains commentaires relèvent de la diffamation, donc on les supprime. On est en France. On respecte la liberté d’expression. Mais il y a des limites définies par la loi. On souhaite que le groupe soit vivant, qu’on se confronte, en démocratie. Sauf que maintenant, on est beaucoup dans la confrontation, la déformation.
Pourquoi en arriver à menacer de suspendre le groupe, si les comportements n’évoluent pas ?
Jérôme : Pour être tranquille. Nous avons une vie privée, tous les deux. A chaque fois qu’on publie un article de La République des Pyrénées, de Sud Ouest, ou d’ICI Béarn Bigorre, on va devoir aller dans les commentaires, parce que certains vont s’attaquer, sans aucun lien, à la mandature actuelle, ou aux opposants.
MJ : Ca fait un moment que j’y songe. Mes propres amis me disent d’arrêter, car cela prend trop d’ampleur dans ma vie.
Jérôme : Certains nous prennent pour un vecteur, un moyen de faire campagne. On leur dit non. Si vous voulez jouer à cela, on ferme la boutique, et on la rouvre après les municipales.
Cela signifie qu’il est impossible de discuter des municipales sur le groupe ? Ou vous proposez un autre moyen de le faire ?
MJ : L’idée est de faire un unique post. Une publication unique où tout le monde pourrait mettre des commentaires en-dessous, uniquement sous forme de questions adressées aux candidats. Ensuite, chacun votera, likera celles qui lui semblent les plus intéressantes. Et nous proposerons aux candidats d’y répondre.
Jérôme : Que va répondre un tel, un tel ou un autre ? Cela va permettre aux électeurs de trancher.
“Je ne vais pas museler les gens”
L’administrateur du groupe “Tu sais que tu viens de Tarbes quand…”, lui, estime que “les sujets politiques ne doivent pas être interdits, surtout à l’approche d’élections locales où les habitants se sentent très concernés.” Mais Nicolas Eristoff rappelle deux limites : celles imposées par la loi, telles que la diffamation et l’injure, et celles liées au respect entre membres du groupe, “une sorte de règlement intérieur.”
Il estime que son groupe, malgré ses plus de 40 000 membres, n’a pas tant d’influence sur les opinions des électeurs tarbais qui le consultent. “Nous sommes un forum citoyen, et je ne vais pas museler les gens. Cependant, je vais prêter attention à la teneur des commentaires car en cette période, les esprits ont tendance à s’échauffer beaucoup plus.”
Nicolas Eristoff souligne aussi une forme d’auto-régulation sur son groupe : si des candidats vont trop loin dans le prosélytisme, des membres du groupe se chargent de le recadrer dans les commentaires, sans que les modérateurs aient à intervenir. Mais leur charge de travail est bien plus élevée à l’approche des municipales.
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