2026-01-22 06:42:00
Le procès en appel de l’affaire des “vendanges de la honte” de 2023 s’est ouvert ce mercredi 21 janvier Ă la cour d’appel de Reims. Il doit durer deux jours . La première journĂ©e s’est concentrĂ©e sur l’audition du dirigeant de la coopĂ©rative Gravelle et sur celle de l’un des recruteurs.
“On a commencĂ© ensemble, on doit finir ensemble ! “ Devant la cour d’appel de Reims, avant l’ouverture du procès en appel des “vendanges de la honte” de 2023, les anciens vendangeurs, parties civiles dans ce dossier, sont une quarantaine Ă ĂŞtre rassemblĂ©s ce mercredi, aux cĂ´tĂ©s de la CGT Marne. “On doit ĂŞtre lĂ et se battre et gagner”, explique l’un d’eux avant de rentrer dans la salle. Ils sont nombreux Ă avoir fait le trajet depuis la rĂ©gion parisienne pour faire face Ă leurs anciens “employeurs”. Dans ce dossier, les quatre prĂ©venus, condamnĂ©s en première instance, dont trois Ă de la prison ferme pour traite d’ĂŞtres humains, ont fait appel.
Dans le box, Svetlana Goumina, la directrice de la sociĂ©tĂ© Anavim, qui avait employĂ© les vendangeurs, est la seule Ă comparaitre en dĂ©tention. L’un des deux recruteurs est prĂ©sent aussi, lui comparait libre. Tous sont accusĂ©s d’avoir participĂ© Ă de la traite d’ĂŞtres humains : en septembre 2023, suite Ă un contrĂ´le, une soixantaine d’ouvriers, pour la plupart sans papiers, Ă©taient retrouvĂ©s par les gendarmes dans un logement insalubre Ă Nesle-le-Repons. Ils n’ont jamais Ă©tĂ© payĂ©s pour leur travail.
Le prĂ©sident de la coopĂ©rative viticole Cerseuillat de la Gravelle, condamnĂ©, lui, Ă 75.000 euros d’amende pour avoir fait appel Ă la sociĂ©tĂ© Anavim, sans observer son devoir de vigilance quant aux conditions d’hĂ©bergement et de travail des vendangeurs, a fait appel Ă©galement.
“Quel reproche pouvez vous me faire ? C’est ça que je comprends pas”
Le premier prĂ©venu Ă ĂŞtre entendu est le prĂ©sident de la coopĂ©rative vinicole, la SARL Cerseuillat de la Gravelle. L’entreprise a Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă une amende de 75 000 euros en première instance pour avoir eu recours aux services d’une personne exerçant un travail dissimulĂ©.
A la barre, le prĂ©sident de cette coopĂ©rative, un homme d’une cinquantaine d’annĂ©es, pull marron et doudoune sans manches, s’avance : “Quel reproche pouvez-vous me faire ? C’est ça que je ne comprends pas !” Lors de la première audience, il lui avait Ă©tĂ© reprochĂ© d’avoir manquĂ© de vigilance quant aux conditions de logement et de travail des vendangeurs, ainsi que dans la vĂ©rification de leurs papiers d’identitĂ©, en se laissant sĂ©duire par les prix attractifs proposĂ©s par Anavim. Son argumentaire ce jour-lĂ est le mĂŞme, il n’Ă©tait au courant de rien : “Elle m’avait dit qu’ils seraient dans un corps de ferme, Ă Châlons, ou alors qu’ils feraient des allers-retours Ă Paris.”
“C’est un peu la pĂŞche miraculeuse cette histoire, vous dites qu’il y a trop de normes, qu’on a du mal Ă trouver de la main-d’Ĺ“uvre et lĂ , 80 personnes tombent du ciel. Elles ont un logement ? La vĂ©ritĂ©, c’est que vous ne vous posez pas la question de l’hĂ©bergement “, attaque Me Cessieux, l’avocat des vendangeurs. “Est ce que vous reconnaissez avoir manquĂ© de vigilance ?”, ajoute-t-il. RĂ©ponse de l’intĂ©ressé : “Non, pas du tout”.
“Je suis une victime, comme tout le monde”
Sur les deux recruteurs qui travaillaient pour Anavim, un seul est prĂ©sent, Temuri Muradian est un homme d’origine gĂ©orgienne d’une trentaine d’annĂ©es. Il a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă trois ans d’emprisonnement dont deux annĂ©es de sursis en première instance pour traite d’ĂŞtres humains.
Devant la cour d’appel, il explique cette fois avoir Ă©tĂ© trompĂ© par la directrice de la sociĂ©tĂ© et son mari et n’avoir jamais touchĂ© l’argent qui lui avait Ă©tĂ© promis. “Je suis une victime comme tout le monde. On m’a menti “, affirme-t-il. Il parle aussi de “menaces” de la part du couple et avoir attendu la deuxième garde Ă vue “pour dire la vĂ©ritĂ©”. Devant la cour, il accable son ancienne employeuse et son mari : propos racistes, nĂ©gligence. “Ils Ă©taient mal organisĂ©, ils voulaient juste faire de l’argent”, affirme-t-il et elle Ă©tait tout Ă fait au courant des conditions de logement des 57 vendangeurs, selon lui. Cette version met Ă mal la dĂ©fense de Svetlana Goumina qui affirme, elle, qu’elle n’est “nullement Ă l’origine de ce drame”.
“Je m’en excuse, ça n’était pas du tout volontaire”
Lorsque c’est Ă son tour de dĂ©fendre sa version des faits, Svetlana Goumina admet des “erreurs de gestion”, mais elle refuse le reste. “Les accusations comme quoi je me moquais des gens, je menaçais les gens, ce n’est pas vrai, il n’y a eu aucune agression physique ou morale envers ces personnes”, dĂ©clare-t-elle, par la voix de l’interprète. Elle nie avoir eu connaissance de la prĂ©sence des vendangeurs Ă Nesle-le-Repons.
Pourtant, le recruteur, comme les parties civiles l’affirment, c’est elle et son mari qui Ă©taient Ă la descente du bus pour les amener à Nesle-le-Repons. Lorsque l’avocat des parties civiles le lui fait remarquer, elle fond en larmes : “C’est faux, c’est pas possible de dire ça !”. “Je sais que j’ai fait quelque chose de grave pour ces personnes et je m’en excuse mais ça n’était pas du tout volontaire. Ça s’est fait sous l’entĂŞte de ma sociĂ©tĂ© mais ce n’est pas moi qui a organisĂ©, planifiĂ©, voulu embaucher et loger ici ces gens.”
Les zones d’ombre
Et puis, dans ce dossier, il y a aussi ceux qui ne sont pas entendus : en premier lieu le mari de la directrice d’Anavim ( ils sont depuis sĂ©parĂ©s ) qui lui avait demandĂ© de trouver du monde pour les vendanges et qui avait contactĂ© lui-mĂŞme l’un des deux recruteurs qui ont Ă©tĂ© condamnĂ©s. Son ombre plane sur l’entièretĂ© du dossier. Ă€ l’audience, Svetlana Goumina le dĂ©crit comme un homme violent, “qui abuse de la gentillesse des autres.”
Il y a aussi ce chauffeur de bus qui se serait montrĂ© agressif Ă l’Ă©gard des vendangeurs et qui avait un couteau dans sa poche selon Temuri Muradian. Enfin, les gendarmes qui ont contrĂ´lĂ© le bus au dĂ©part de Porte de la Chapelle Ă Paris et qui l’ont laissĂ© partir avec, Ă son bord, une cinquantaine de personnes sans-papiers.
Le procès doit durer jusqu’Ă jeudi soir.




