2026-01-12 22:07:00
Dans son budget 2026, déposé mercredi, l’administration de Soraya Martinez Ferrada annonce une hausse de 3,8 % du compte de taxes résidentielles et de 3,4 % pour le secteur non résidentiel.
Il s’agit d’un premier pas dans le nécessaire exercice de restructuration de la Ville afin qu’elle soit plus efficace, un travail qui se poursuivra tout au long du mandat pour ralentir la croissance des dépenses
, a déclaré la mairesse qui a gagné les élections en novembre dernier.
On va se le dire, la limite de la carte de crédit de la Ville était pas mal dépassée.
Cette augmentation inclut la hausse des taxes d’arrondissement (0,8 %) et de la taxe spéciale relative au service de l’eau.
Pour justifier cette hausse de taxes, la Ville a retenu le taux d’inflation enregistré en septembre 2025 de 3,4 %, le pire mois de l’année. En effet, pour l’année 2025 au complet, l’inflation a plutôt été de 2,6 % dans la région de Montréal et les prévisions sont de 2,1 % pour 2026.
La mairesse de Montréal a souligné que cette augmentation est semblable à celles de Laval et de Longueuil et que la référence choisie (septembre) pour le calcul correspondait au mois où avaient été négocié bon nombre de contrats.
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et le président du comité exécutif, Claude Pinard, lors de la présentation de la présentation de leur premier budget depuis l’élection de novembre 2025.
Photo : Radio-Canada
Pour une maison unifamiliale évaluée à 751 780 $, cette augmentation représente environ 204 $ de plus par année sur le compte de taxes. Le propriétaire d’un condo de 502 000 $, lui, verra sa facture augmenter de 108 $.
Les années précédentes, sous l’administration Plante, les hausses des taxes résidentielles avaient été de 2,2 % en 2024, de 4,9 % en 2023 et de 4,1 % en 2022.
Les gagnants et les perdants
- Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce : +1,9 %
- Ville-Marie : +2Â %
- Le Plateau-Mont-Royal : +2,9Â %
- Verdun : +5,4Â %
- Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles : +5,6 %
- L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève : +6,3 %
(Voir le tableau complet par arrondissement au bas de l’article)
Un budget en hausse de 5,4Â %
Le budget total de la Ville de Montréal sera de 7,66 milliards de dollars en 2026. Il s’agit d’une hausse de 5,4 % par rapport à  2025, soit un bond de 390 millions de dollars.
Cette hausse s’explique principalement par la hausse du service de la dette (+87 millions), la rénovation accélérée des HLM (+21 millions), une hausse des transferts à l’Agence régionale de transport métropolitain (+46 millions) et à la gestion animalière (+14 millions), ainsi qu’une somme non récurrente de 19 millions de dollars pour l’organisation des championnats du monde de cyclisme.
Sur une décennie, la hausse du budget de la Ville est de 50 % (le budget de l’année 2016 avait été de 5,1 milliards), soit bien plus que l’inflation (30 % dans la région de Montréal entre 2016 et 2026).
Depuis 2016, si le budget de la Ville de Montréal avait suivi l’inflation, il serait de 6,6 milliards de dollars, au lieu des 7,6 milliards annoncés aujourd’hui.
Ce nouveau budget est le premier de la nouvelle mairesse Soraya Martinez Ferrada.
En plus d’augmenter l’offre de logement et de finalement, après tant d’années, développer le plein potentiel de l’Est de Montréal, notre administration investira des sommes historiques pour lutter contre l’itinérance et sortir les Montréalais de la rue
, a dit la mairesse de Montréal.
Pour refléter ces orientations, les sommes consacrées à l’itinérance sont à la hausse (+20 millions). Par ailleurs, 578 millions sont prévus d’ici 10 ans pour des achats d’immeubles stratégiques, 67 millions pour le remplacement des habits de combat des pompiers, 2 millions pour un fonds d’urgence climatique et 40 millions pour les caméras au SPVM (dispositifs véhiculaires et caméras portées sur l’uniforme), tandis que 17 millions iront à la sécurisation des abords des écoles.
Plusieurs millions sont aussi prévus pour la revitalisation de l’est de Montréal. Au menu : décontamination des terrains (72 millions d’ici 2027), instauration d’un fonds de revitalisation (25 millions) et création du bureau de projet pour la reconstruction de la rue Notre-Dame.
Finalement, les investissements dans la rénovation du réseau d’eau augmenteront de façon substantielle (20 %), afin de notamment réparer les fuites dans le réseau. En outre, rien n’est prévu avant 2029 pour la voie Camilien-Houde sur le mont Royal, signe que la nouvelle administration a mis le projet sur pause.

Un bris d’aqueduc majeur a provoqué une inondation au centre-ville de Montréal le 16 août 2024. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Pour améliorer les services en arrondissement, l’administration augmente substantiellement l’enveloppe qui leur est consacrée. C’est la hausse la plus importante depuis 2016
, a souligné Claude Pinard, le président du comité exécutif. Il souligne que la nouvelle Table des maires permettra de favoriser la concertation avec la ville centre.
La Ville a aussi annoncé que le processus d’optimisation dans le but de réduire sa main-d’Å“uvre de 1000 employés commençait à donner des résultats. En 2026, la Ville comptera l’équivalent de 25 181 employés à temps plein. En comparaison, en 2016, elle en comptait 21 802.
La rémunération globale compte actuellement pour 38 % du budget de la Ville, contre 46 % en 2016. Sept négociations de conventions collectives sont en cours et chaque pourcentage d’augmentation coûte 25 millions de dollars aux contribuables, a souligné M. Pinard.
Réactions mitigées
C’est un budget qui manque de vision et de fondation
, a déclaré la cheffe intérimaire de Projet Montréal, Ericka Alneus. Si l’opposition officielle salue les investissements en culture et en itinérance, elle déplore des coupes ou le report dans le déploiement de BIXI et dans certaines opérations de voirie, comme le resurfaçage.
L’enjeu avec la rigueur budgétaire, c’est quand elle est faite sans vision, il y a comme un arrière-goût d’austérité.

Ericka Alneus, cheffe intérimaire de Projet Montréal, lors de la présentation du budget 2026 de la Ville de Montréal
Photo : Radio-Canada
Transition Montréal soutient, de son côté, que ce budget fera mal aux Montréalaises et aux Montréalais
et que les importantes compressions qu’il prévoit vont fragiliser les services à la population
.
Le chef du parti, Craig Sauvé, déplore l’allocation de fonds à des caméras d’intervention pour les policiers, de même que des caméras dans l’espace public, alors que ces mesures soulèvent d’importantes préoccupations en matière de respect de la vie privée et de protection des données personnelles
. Transition Montréal salue par ailleurs l’importante augmentation du budget consacré à la lutte contre l’itinérance.
Pour le Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal, les investissements annoncés constituent des leviers déterminants et réclamés par le milieu
. Si ces annonces représentent une avancée considérable, le MMFIM rappelle que leur efficacité reposera sur une mise en œuvre cohérente, mesurable et arrimée aux politiques provinciales, notamment en matière de logement social, de soutien au revenu et de santé et services sociaux
.
Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), un organisme qui milite pour le logement abordable, a souligné que les immeubles stratégiques
acquis avec des fonds publics par la Ville ne devront pas ensuite être transférés à des promoteurs privés.
Inquiétude en matière de transport en commun
Du côté de Trajectoire Québec, on s’inquiète de la faiblesse des fonds consacrés au transport en commun, qui fait face actuellement à un déficit d’entretien des infrastructures. Ce manque de financement est la raison pour laquelle la STM a été obligée à l’automne 2024 de fermer d’urgence trois stations de la ligne bleue, et aucune somme supplémentaire n’est prévue pour éviter qu’une situation semblable ne survienne à nouveau
, souligne Trajectoire Québec.
L’organisme ajoute qu’aucune somme n’est prévue à terme pour le remplacement des wagons MR-73 du métro, datant maintenant de 53 ans.
La semaine dernière la STM avait chiffré le déficit d’entretien des actifs à 7 milliards de dollars, une somme qui pourrait atteindre 9 milliards en 2030 si Québec ne rectifie pas le tir, avait souligné Aref Salem, président du conseil d’administration de la société de transport.
La Chambre de commerce voit des signes encourageants
Finalement, l’effort de rigueur
du premier budget de l’administration Martinez Ferrada est bien accueilli par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), qui salue l’abaissement du ratio d’endettement.
Les 79 millions des dollars d’économies confirmées dans le budget constituent, selon la CCMM, un geste encourageant pour limiter les dépenses de la Ville
.
Le présidente et cheffe de la direction de la CCMM, Isabelle Dessureault, ajoute que le budget apporte des réponses encourageantes aux priorités du milieu des affaires, notamment des mesures pour améliorer la fluidité et la gestion des chantiers
alors que la congestion et la multiplication des entraves nuisent directement à la productivité, à l’activité économique et à l’image de Montréal
.
En outre, les investissements en culture sont une excellente nouvelle
, la Chambre se disant toujours engagée pour la relance de Montréal, métropole culturelle
.
Le budget de la Ville de Montréal sera adopté lors de la prochaine séance du conseil municipal, le 28 janvier.










