A World Far More Dangerous

2026-01-18 10:00:00

« C’est une époque très complexe et intéressante, mais nous ne voulons certainement pas être en train de la vivre. »

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L’historienne canadienne renommée Margaret MacMillan a passé une partie de sa vie à se pencher sur la barbarie des deux guerres mondiales et, surtout, sur ce qui a mené le monde à ces conflits. Un de ses livres les plus célèbres est intitulé Vers la grande guerre, comment l’Europe a renoncé à la paix. Aujourd’hui, elle ne cache pas son inquiétude quant à l’état du monde.

« Vous êtes plus jeune que moi, mais nous faisons tous les deux partie de générations très chanceuses. Nous avons grandi dans un monde qui, malgré tous ses problèmes, était plus stable », dit cette professeure émérite à l’Université d’Oxford et à l’Université de Toronto, qui a eu 82 ans en décembre dernier.

« J’ai vécu la guerre froide. Je me souviens de la crise des missiles de Cuba ; c’était effrayant, mais pour l’essentiel, nous nous attendions à la paix et nous vivions dans une période de prospérité croissante. Le Canada était une société stable et bonne, comme elle l’est encore, mais je pense que nous vivons aujourd’hui dans un monde bien plus dangereux. »

PHOTO ADAM GRAY, ARCHIVES REUTERS

Arrivée du président vénézuélien Nicolás Maduro à New York pour y être jugé, le 5 janvier dernier

La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis le 3 janvier dernier a été l’équivalent d’un puissant séisme ressenti d’un bout à l’autre de la planète. L’annonce, par Donald Trump, qu’il mettrait la main sur le Groenland coûte que coûte a eu un effet similaire (d’autant plus que ça signifierait vraisemblablement la fin de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord – OTAN – telle qu’on la connaît).

Après avoir déjà donné des coups de hache dans l’ordre international basé sur des règles qui s’était mis en place à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Donald Trump a sorti sa scie mécanique.

Nous venons d’entrer dans une nouvelle ère.

PHOTO MARKO DJURICA, REUTERS

À Nuuk, au Groenland, une boutique vend des chandails affirmant que le pays n’est pas à vendre.

Comment nos démocraties occidentales peuvent-elles se retrouver dans ce monde nouveau ? Et que veulent, au fond, les États-Unis ?

« Je crains qu’en ce moment, la question soit plutôt : que veut Donald Trump ? précise Margaret MacMillan. C’est lui qui fixe la politique. Et vous remarquez que ses conseillers se démènent pour essayer de comprendre ce qu’il veut. »

PHOTO LEFTERIS PITARAKIS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’historienne Margaret MacMillan

Ça me rappelle vraiment un roi du XVIe ou du XVIIe siècle, avec son entourage qui tente de deviner ses désirs pour ensuite essayer de l’orienter dans certaines directions.

Margaret MacMillan, historienne

Si vous en doutiez, il suffit de réécouter les propos qu’il a tenus la semaine dernière dans une longue entrevue avec le New York Times. On lui a demandé s’il y avait des limites à son pouvoir sur la scène internationale. Il y en a une, a-t-il répondu : « Ma propre morale. »1

Avec ce qu’on sait de Donald Trump, c’est tout sauf rassurant. Et ça l’est encore moins si on tient compte des travaux de Margaret MacMillan. L’historienne a pris soin de démontrer le rôle joué par les individus dans le déclenchement de conflits d’envergure comme la Première Guerre mondiale.

PHOTO EVAN VUCCI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Donald Trump lors d’une rencontre avec des dirigeants de sociétés pétrolières à la Maison-Blanche, le 9 janvier, après le coup de force américain au Venezuela.

« L’économie, la démographie, la géographie, les ressources, les structures sociales… Tout cela compte. Mais si une personne disposant d’un immense pouvoir se retrouve au sommet d’une société, elle peut agir sur sa propre société comme sur ses voisins. Il y a beaucoup de nationalistes russes, et n’importe lequel d’entre eux, s’il avait été au pouvoir, aurait pu s’indigner de l’indépendance de l’Ukraine. Mais auraient-ils fait ce que Poutine a fait ? », lance-t-elle.

Et je pense que Donald Trump est un phénomène. Il se comporte d’une manière qui était impensable. Je pense que nous avons été choqués par ce qu’il a fait lors de son premier mandat, mais le second mandat est bien plus choquant.

Margaret MacMillan, historienne

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, en France, a qualifié les États-Unis de prédateurs plus tôt que bien d’autres. Il a publié en 2020 un essai intitulé Le temps des prédateurs : la Chine, les États-Unis, la Russie et nous.

Mais ce qui s’est produit au Venezuela l’a tout de même étonné. Pas tant la capture de Nicolás Maduro, précise-t-il. Car après tout, l’ancien homme fort du Panamá Manuel Noriega avait subi le même sort en 1990 à la suite de l’invasion de son pays par les Américains.

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le général Manuel Noriega en 1989

Ce qu’il a trouvé stupéfiant, c’est plutôt de voir Donald Trump prendre le contrôle du Venezuela et de son pétrole « comme si ça appartenait aux États-Unis ».

« On est dans la prédation pure et simple. Et c’est quelque chose qui renvoie vraiment au temps des colonies. Quelque chose auquel on ne s’attend vraiment pas au XXIe siècle. C’est un virage tout à fait impressionnant et inquiétant. »


1. Lisez l’entrevue de Donald Trump avec le New York Times (en anglais) (abonnement requis)


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