Drone Delivery Trial: Three Charged After Hundreds of Prison Shipments in Nantes

2026-01-29 05:59:00

Deux hommes sont soupçonnés d’avoir livré, par drone à plus de 460 reprises, des portables et de la drogue dans sept prisons du grand ouest. La mère de l’un d’entre eux est soupçonnée de blanchiment.

Le vrombissement de drones au-dessus d’une prison. Toutes les nuits, de février à décembre 2025, le scénario s’est répété, aux abords de sept prisons du grand ouest, principalement à la maison d’arrêt de Nantes. Finalement, début décembre, deux hommes de 26 et 24 ans sont arrêtés, ainsi que la mère du premier, soupçonnée de blanchiment. Tous les trois doivent être jugés, jeudi 29 janvier, par le tribunal correctionnel de Nantes, après avoir sollicité un délai pour préparer leur défense : ils devaient être jugés en comparution immédiate après leur garde à vue, en décembre. En attendant leur procès, ils sont tous les deux en détention provisoire, la femme est placée sous contrôle judiciaire.

La justice leur reproche à tous les trois plus de 460 survols de drones pour livrer de la drogue, des téléphones portables et des “produits high-tech” tels que des écouteurs connectés. L’homme de 26 ans est suspecté d’être un “droneur”, dans le jargon policier, un pilote de drone spécialisé dans la livraison de marchandise en prison. Pour cela, d’après le procureur de Nantes, il vendait ses services aux détenus sur Snapchat et, chaque nuit, avec son complice âgé de 24 ans, qui lui servait de chauffeur, tous deux se rendaient aux abords de prisons. Depuis leur cachette, ils faisaient décoller leur drone haut de gamme, capable de transporter jusqu’à un kilogramme de marchandise.

“On pouvait avoir, certains jours, entre cinq et dix passages de drones. On pouvait retrouver, sur un week-end, jusqu’à un kilogramme de produits stupéfiants et une quinzaine de téléphones pour des livraisons”, décrit à franceinfo William Cozic, syndicaliste à FO Justice à Nantes. “C’était vraiment une PME et ça rapportait beaucoup d’argent”, continue-t-il. Au mois d’avril 2025, le directeur de la maison d’arrêt de Nantes finit par alerter les gendarmes qui enquêtent. Et début décembre, les trois suspects sont arrêtés. Lorsqu’ils perquisitionnent le domicile du pilote, les gendarmes tombent sur un drone, trois télécommandes, des batteries, trois couteaux, une mini-lame de scie et des produits stupéfiants, ainsi qu’une arme de poing et de très nombreuses chaussettes remplies de drogue. Cette équipe arrêtée, selon le syndicaliste nantais “les livraisons ont aussitôt repris” : d’autres équipes avaient pris le relais.

Cette affaire illustre bien le phénomène qui explose en France. Selon les chiffres fournis à franceinfo par l’administration pénitentiaire, 868 survols de drones aux abords de prisons ont été recensés en 2024, contre près de 5 000 en 2025, soit une hausse de 500% environ. Préférant voir le verre à moitié plein, l’administration pénitentiaire estime que “l’augmentation du nombre de tentatives de survols recensées (…) ne traduit pas une explosion du phénomène, mais l’amélioration très nette de sa détection”.

“Ces chiffres s’expliquent par les investissements importants réalisés, ces dernières années, par l’administration pénitentiaire pour déployer des dispositifs de lutte anti-drone performants qui s’adaptent à l’évolution des technologies.”

L’administration pénitentiaire

à franceinfo

À Nantes, la maison d’arrêt est pourvue d’un système de détection de drones depuis 2024, ce qui a permis de neutraliser 14 de ces petits engins volants l’an dernier, selon le directeur de la prison, Dieudonné Mbeleg, joint par franceinfo. Dans le même temps, ses agents ont saisi plus de 280 portables en cellules, “immédiatement après une livraison de drone, ce qui est quand même extrêmement important”. Il salue ainsi “la réactivité” de ses agents qui ont “permis de saisir huit kilos de produits stupéfiants”, après des survols de drones.

Mais, reconnaît-il, l’ingéniosité des criminels met à rude épreuve les capacités des agents à détecter et capturer les drones. “C’est compliqué parce que notre système permet la détection de drones, mais nous avons constaté que certains appareils étaient bridés. C’est-à-dire que pour que notre système neutralise le drone, il faut que les fréquences du drone correspondent aux fréquences de neutralisation de nos appareils”, explique Dieudonné Mbeleg. Des drones trafiqués pour passer sous les radars mais aussi pour augmenter la distance sur laquelle ils sont capables de voler. Dans l’affaire nantaise, le pilote et son complice se positionnaient jusqu’à deux kilomètres de la prison.

Mais pour ce directeur de prison, le “zéro drone” aux abords des prisons est possible et il compte sur le déploiement du plan “zéro portable” voulu par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Un plan qui prévoit notamment de mettre en place des systèmes de brouillage et d’installer des filets au-dessus des cours de promenade. Pour l’heure, 19 prisons en France vont en profiter au premier trimestre 2026. Aujourd’hui, indique l’administration pénitentiaire, “58 établissements pénitentiaires sont déjà équipés de dispositifs anti-drone en 2025”.

Et pour traiter le problème à la source, il faut arrêter les “droneurs” et leurs complices. Là encore, la tâche n’est pas simple. Car selon le commissaire Clément Boudin, chef adjoint du pôle stratégie de l’Ofast (Office anti-stupéfiants), il s’agit d’équipes très bien rodées.

“Ce sont des équipes qui vont se spécialiser et elles ne vont faire que ça.”

Clément Boudin, chef adjoint de l’Ofast

à franceinfo

“Ce ne sont pas des gens qui sont forcément inscrits dans une organisation criminelle plus large et ils vont industrialiser un peu leur activité pour couvrir plusieurs établissements et vraiment développer leur activité autour de ça. On est vraiment sur une activité qui va devenir rentable”, poursuit Clément Boudin. Car d’après ce policier, les “droneurs” demandent entre “50 et 100 euros” par colis. En multipliant par des centaines de survols, on arrive vite à de grosses sommes. Dans l’affaire de Nantes, les gendarmes ont retrouvé 12 000 euros en espèces chez le principal suspect.

Le plus souvent, policiers et gendarmes parviennent à interpeller les pilotes de drones et leurs complices, mais plus rarement les commanditaires, selon une récente note de l’Ofast que franceinfo a pu consulter. Car les équipes se compartimentent, ce qui complique nécessairement les enquêtes. “Les ‘droneurs’ n’ont pas toujours connaissance de leur commanditaire”, confirme le commissaire Clément Boudin. Mais, assure-t-il, “on arrive parfois à remonter au commanditaire notamment quand celui-ci est incarcéré”.

D’après ce haut gradé de l’Ofast, “il y a beaucoup d’enquêtes numériques, on remonte les comptes utilisés [sur les réseaux sociaux] par les ‘droneurs’ qui proposent leurs services, on identifie les comptes avec lesquels ils ont des échanges (…) et on s’échange du renseignement entre différents services”. Des enquêtes donc qui se multiplient et les prisons ne sont pas les seuls établissements sensibles à êtres ciblés par les “droneurs”. Selon cette note de l’Ofast, “les centres de rétention administrative (CRA) sont également visés” ainsi que la zone industrielle et portuaire du Havre. Là, il s’agit de repérer les lieux au bénéfice des narcotrafiquants, d’identifier les conteneurs ciblés et de guider la récupération de la drogue.

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