Who Waits Outside Fashion Shows?

2026-01-27 05:20:00

Étudiants, fans ou jeunes créateurs, ils sont capables d’attendre des heures devant un show sans jamais y entrer. Reportage.

Lundi 6 octobre 2025, 13h50. Devant le Palais d’Iéna, quelques instants avant le défilé Miu Miu, une foule bigarrée se presse devant l’entrée et s’entasse derrière les barrières, téléphones levés. Parmi la masse, deux étudiantes en école de mode scrutent attentivement les silhouettes qui déambulent sur le trottoir. «Nous sommes venues découvrir ce qu’il y a de nouveau et observer comment les gens s’habillent», confient-elles. Elles n’ont pas de carton d’invitation, mais s’en amusent. Le matin même, elles ont déjà réussi à se glisser au show plus intimiste de Shiatzy Chen, simplement en demandant s’il restait du standing (places debout parfois attribuées à ceux qui patientent devant les défilés sans invitation, afin de remplir la salle, NDLR).

Pour elles, ces moments sont comme une porte d’entrée vers un monde dont elles rêvent de faire partie. «Quand on assiste à un show depuis la rue, on voit défiler la vraie diversité de la mode», confie l’une d’elles, tout en scrutant les tenues des invités. Avec son amie, elles espèrent repérer des tendances avant même qu’elles ne soient confirmées sur le podium. Et elles ne sont pas les seules.

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L’opportunité à portée de main

Comme nos deux étudiantes, ils sont de plus en plus nombreux à être là, saison après saison, fidèles au rendez-vous, postés devant les grands lieux de la Fashion Week, de la place d’Iéna au parvis du Grand Palais. Sans invitations pour la plupart, ces passionnés – souvent étudiants ou jeunes adultes – patientent de nombreuses heures simplement pour vivre l’effervescence des défilés au plus près. Si beaucoup d’entre eux viennent de Paris ou de sa banlieue, facilitant ainsi leur présence, ce public est guidé par des motivations aussi variées que la curiosité, la passion ou la quête d’opportunités professionnelles.

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Un peu plus loin, deux jeunes femmes arpentent ainsi la foule, à la recherche de profils pour un projet professionnel. «On fait du casting sauvage», confient-elles. «Nous cherchons des personnes hyper stylées pour une série Amazon Prime sur le monde de la mode. La Fashion Week est l’occasion rêvée pour repérer ceux qui sortent vraiment du lot.» Leurs repérages portent déjà leurs fruits : photographes, mannequins et passionnés de mode croisés ici nourriront bientôt leur projet, des visages qu’on retrouvera sans doute dans la série à venir.

À quelques pas de là, la créatrice de cravates artisanales Caro, alias @bycarotempest, profite de l’afflux de public pour exposer ses créations faites main. «Venir ici me permet de faire connaître mes pièces et de me faire repérer», raconte-t-elle. «Ma première cravate qui a vraiment fonctionné, c’était ici, juste devant un show Hermès.» Pour cette jeune styliste indépendante, les abords des défilés sont devenus une véritable vitrine à ciel ouvert – un terrain de jeu pour être photographiée, repérée, et partagée. Mais pas que.

La quête de l’idole

Derrière l’amour de la mode, une autre motivation prime : voir, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, son idole. En effet, le soir même, devant le Grand Palais, où s’est tenu le défilé Chanel, l’atmosphère change. Un VTC s’arrête, une portière claque, la foule s’agite, tend les bras et hurle un prénom qui se perd dans le vacarme. Pour eux, ce qui compte, c’est cette possibilité, même infime, d’obtenir ne serait-ce qu’un selfie, un autographe griffonné à la va-vite sur un bout de carnet, ou un regard de leur célébrité préférée. Deux amies avouent être venues avant tout pour «voir Kim Jennie, Kylie Jenner ou Lily-Rose Depp». L’une d’elles, habituée des défilés, raconte : «C’est ma sixième année. Avec le temps, j’ai appris où aller pour croiser les célébrités, parfois même après les shows, dans des restaurants comme le Costes.» Son compte TikTok, @fckinaaliyah, cumule plus de 33.000 abonnés et des millions de vues sur les vidéos où elle partage ses rencontres fugaces avec les stars.

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À quelques mètres de là, un groupe de quatre amies adopte une approche plus collective. «On adore la mode, mais on vient aussi pour se retrouver entre passionnées», confient-elles. Certaines se sont d’ailleurs rencontrées devant un défilé et ont créé un compte Instagram commun. «Maintenant, on se donne rendez-vous à chaque Fashion Week.» Pour d’autres, l’attente fait partie intégrante du rituel : «On est arrivées à 15 heures, le show commence à 20 heures, raconte l’une d’elles. Mais quand on a une bonne place, ça en vaut la peine.»

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Et s’il y a bien une catégorie qui déchaîne particulièrement les foules, c’est celle de la K-pop. Jungkook, Jimin, Jisoo et bien d’autres encore attirent une horde de fans où qu’ils aillent, provoquant une véritable frénésie à l’idée de les apercevoir, même de loin. Plus tôt dans la saison, devant le défilé Celine, Loïc Prigent avait immortalisé l’arrivée de Lalisa Manoban, un instant qui avait déjà révélé l’ampleur du phénomène. À peine sa silhouette apparue, un parterre de fans s’était formé, hurlant son nom ou «Lisa je t’aime», certains étant venus de l’étranger uniquement pour elle. Si l’ascension fulgurante de la K-pop en France, et partout dans le monde, ne date pas d’hier, elle ne cesse de croître, et la Fashion Week est désormais l’un des rares moments où ces figures, forgées par les réseaux sociaux, peuvent être aperçues autrement qu’à travers un écran – même si, ironie du sort, les fans continuent de tout filmer.

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Pas d’invitation ?

Bien que souvent inaccessibles pour la grande majorité, l’année 2025 a marqué un tournant vers une nouvelle forme d’ouverture dans la sphère mode. Ces mêmes personnes, que l’on retrouve habituellement aux abords des défilés, peuvent désormais s’inviter dans un tout nouveau type d’événement : la Watch Party, initiée par le créateur de contenu Elias Medina aussi appelé Lyas. L’idée est née presque par hasard, en juin 2025, lorsqu’il n’a pas été invité au défilé Dior de Jonathan Anderson. Plutôt que d’en rester là, il décide de retransmettre le show en direct depuis un bar, où une foule s’est rapidement amassée dans la rue pour partager le moment, comme les fans de foot un soir de match important. Le succès est tel qu’en septembre, il inaugure un lieu dédié à Paris, La Caserne, dans le 10e arrondissement. Ce nouvel espace, pensé comme une extension des défilés eux-mêmes, mêle écrans géants, scénographie immersive et un coin VIP donnant sur un balcon.

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L’objectif de ce projet est clair : rendre cet instant inclusif, festif et accessible tout en brisant les barrières entre le monde des défilés et des célébrités et celui du public. Si l’on peut dire que ce n’est pas la première tentative d’ouvrir la mode à un plus large public – Balmain, par exemple, avec son Balmain Music Festival, avait déjà tenté une approche similaire en combinant concert et défilé, accessibles à tous – la Watch Party célèbre une nouvelle manière de vivre la mode et son calendrier.

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