2026-01-16 00:45:00
À la fin novembre, dans la dernière ligne droite de sa session en génie à l’Université Laval, Nicolas Claveau-Laviolette s’est rendu dans un petit village du nord de la Finlande pour participer à une course de ski. Son objectif : se qualifier pour les Jeux de Milan-Cortina.
Publié hier à
Le fondeur québécois partait de loin. Son classement mondial en sprint ? Autour du 800e rang. En distance ? Au-delà du 1500e. Ce jour-là, il a suffisamment bien skié pour réussir le standard olympique. Ses entraîneurs exultaient. Ses proches, tout autant. Nicolas Claveau-Laviolette vivait les meilleurs moments de sa carrière.
PHOTO FOURNIE PAR NICOLAS CLAVEAU-LAVIOLETTE
Nicolas Claveau-Laviolette, à droite, au côté de l’ancien champion du monde Federico Pellegrino, en Finlande
Deux mois plus tard, le ton a changé. « Je ne sais pas encore si j’irai aux JO », confie le jeune homme. Est-il blessé ? Même pas. Son sort est plutôt lié à la situation compliquée qui règne au Venezuela depuis la capture du président Nicolás Maduro par les forces armées américaines, le 3 janvier.
« C’est la première fois que je vois des évènements mondiaux dans les journaux qui m’affectent directement », se désole-t-il, incertain de la suite des choses.
Nicolas Claveau-Laviolette est né au Venezuela, il y a 20 ans. Sa famille y séjournait pour le travail de son père, Martin Claveau, affecté à la construction d’une ambassade. Deux ans et demi plus tard, le clan est rentré au Québec, avant de repartir vers l’Amérique du Sud, au Pérou, pour un nouveau contrat.
Au terme de ce mandat, la famille a déménagé à Gatineau, où Martin a initié son fils à une de ses passions, le ski de fond. « J’ai tout de suite aimé ça », se souvient le jeune fondeur, qui représentait alors le même club qu’un autre Québécois qualifié pour les Jeux de Milan-Cortina, Antoine Cyr.
La famille Claveau-Laviolette s’est ensuite établie à Lévis, où Nicolas a rejoint le club Skibec Nordique. Puis le programme de sports-études en ski de fond à l’école secondaire du coin. Puis son équipe actuelle, le Rouge et Or de l’Université Laval.
Pendant toutes ces années, ses proches lui lançaient – « un peu à la blague » – qu’il devrait tenter sa chance aux Jeux olympiques en représentant son pays natal, le Venezuela. En 2024, la blague s’est transformée en un projet plus sérieux.
Nicolas Claveau-Laviolette a tenté de joindre les dirigeants de l’organisme responsable du ski de fond au Venezuela. « Je leur ai envoyé un courriel, tout simplement. » Une heure plus tard, il recevait une réponse.
« Le gars à l’autre bout était allé voir mon dossier sur le site de la Fédération internationale. Il était tellement heureux, il capotait ! » Pourtant, Nicolas Claveau-Laviolette ne faisait pas précisément partie de l’élite mondiale. Même dans les compétitions nationales, il peinait à terminer parmi les 30 premiers. Jamais, convient-il, il n’a été proche de se qualifier pour les JO sous le drapeau canadien. Mais sous celui du Venezuela ? Puisque le standard olympique est différent pour les pays sans tradition de ski de fond, ça faisait soudainement partie du champ des possibles.
La condition : obtenir moins de 300 points FIS dans une des courses de la dernière chance, à Ruka, en Finlande. (Moins un athlète fait de points, meilleur il est.)
Sur place, Nicolas Claveau-Laviolette a croisé un autre Vénézuélien en quête d’une qualification olympique, Guillermo Racero. Comme lui, Racero est né au Venezuela, mais a grandi ailleurs, notamment en Autriche. Les deux hommes nouent rapidement une amitié.
PHOTO FOURNIE PAR NICOLAS CLAVEAU-LAVIOLETTE
Guillermo Racero, au premier plan, avec Nicolas Claveau-Laviolette, à Ruka, en Finlande
Sur le 10 kilomètres, Nicolas Claveau-Laviolette et Guillermo Racero terminent respectivement 102e et 106e sur 108 compétiteurs. Au sprint, 92e et 95e sur 96 participants. Racero a raté le standard olympique, mais les temps de Claveau-Laviolette ont permis au Venezuela d’arracher un précieux billet pour les JO.
« J’ai passé la soirée avec Guillermo. On n’a pas fait la fête, on n’a pas fait grand-chose, en fait, mais on était vraiment contents ! » Il ne restait ensuite à Nicolas Claveau-Laviolette qu’une formalité : se rendre au Venezuela pour mettre ses papiers à jour.
Comme on le lui avait expliqué, l’inscription aux Jeux olympiques exige que le comité olympique national enregistre un passeport valide du pays représenté. Le passeport vénézuélien de Nicolas Claveau-Laviolette était expiré depuis quelques années. Puisque les délais avant les JO étaient serrés, le Comité olympique vénézuélien planifiait accueillir le skieur québécois au Venezuela « au début janvier » pour régler la paperasse.
Sauf que dans la nuit du 2 au 3 janvier, l’armée américaine a attaqué la capitale Caracas, et capturé le président Nicolás Maduro. À partir de ce moment-là, tout s’est embrouillé.
La première fois que nous nous sommes parlé, quatre jours après l’attaque, Nicolas Claveau-Laviolette était découragé. « La situation actuelle au Venezuela est tendue et pourrait escalader rapidement, prévenait le gouvernement canadien. Des milices armées érigent des barrages routiers, fouillant les véhicules à la recherche de preuves de soutien aux États-Unis. Les frontières et l’espace aérien pourraient fermer à court préavis. Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination et en provenance du Venezuela, réduisant ainsi les possibilités de quitter le pays. »
Dans les circonstances, il n’est pas parti au Venezuela. Il s’est aussi mis à douter de ses chances de participer aux Jeux de Milan-Cortina. « Peut-être qu’ils vont y aller avec la solution la plus simple, et envoyer Guillermo à ma place. Lui avait déjà renouvelé ses papiers d’avance », m’expliquait-il la semaine dernière.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE
Nicolas Claveau-Laviolette
Depuis, Nicolas Claveau-Laviolette a poursuivi les discussions avec la présidente du Comité olympique vénézuélien. Son dossier est toujours à l’étude. Les deux parties travaillent pour trouver une voie de passage. « Je communique avec eux, et je crois bien qu’ils essaient de m’envoyer », m’a-t-il écrit mercredi matin. Mais il n’a toujours pas la certitude qu’il pourra aller aux Jeux de Milan-Cortina.
En parallèle, le Comité international olympique a réagi cette semaine au conflit entre les États-Unis et le Venezuela.
« Le CIO ne peut s’impliquer directement dans les affaires politiques ou les conflits entre les pays », a déclaré l’organisme à la chaîne de télévision WPBF, affiliée à ABC. « C’est le domaine de la politique. Notre rôle, c’est de garantir la participation des athlètes aux Jeux olympiques, quelle que soit leur origine. »
Je souligne : garantir la participation des athlètes aux JO, quelle que soit leur origine.
De belles paroles.
Maintenant, place à l’action.
Chez lui, à Lévis, un jeune skieur ayant réussi le standard olympique ne demande que ça.
- Dan Patrick Blasts ESPN and Adam Schefter for Delaying Kyle Shanahan Accident News
- Union SG Player Mohammed Fuseini Brutally Robbed in Broad Daylight in Brussels
- US Consumer Confidence Drops in July as Iran Conflict Hikes Gas Prices (time.news)
- Australian Athlete Ran Past Murder Scene During Olympic Training (newsdirectory3.com)